Body Heat
Je vais faire un compliment aux coréens (et aux asiatiques en général). Ils ont beau tous l'air d'être sortis d'un gigantesque hoax où le monde entier se déguiserait en tapette, avec leurs fringues moulantes et leur carrure de danseuse étoile, ils sont franchement capables de sacrées prouesses physiques. Ok, on connait tous Bruce Lee, avec ses cris suraigus et ses patates qui étaleraient facile un viking de 150 kilos, mais ce qu'on ne sait pas, c'est que même le plus fluet étudiant en droit est bien plus souple que la plupart des occidentaux – pas étonnant que les chinois mettent la misère à tout le monde en gymnastique. Il faut savoir qu'ils passent leur temps à s'entretenir, à faire des pompes grotesques en plein milieu d'une cafétéria de campus ou à se tortiller les abdos tout en tenant leur téléphone portable d'une main. Je ne sais pas si c'est parce qu'ils ont trop d'énergie ou si c'est simplement des TOC, mais le fait est là, en Corée, ils ont la forme. La forme de quoi, c'est une autre question, mais la forme quand même.
On m'avait prévenu avant de partir : « T'es blanc, tu vas faire tache, alors les asiats ils vont pas te faire de cadeau, prépare-toi à devoir te défendre, parce qu'ils ont le sang chaud. »
Alors j'ai prévu le coup, j'ai fait deux mois de boxe thaïlandaise dans un club de la côte, me suis offert un bon petit automatique (mais il n'a pas passé la douane, j'étais dégoûté) et je me suis entraîné devant mon miroir à avoir l'air le plus flippant possible. Et je crois que ce dernier point était une idée de génie, parce que depuis mon arrivée, rien, zilch, nada, keutchi. Au contraire, les gens que je croise ont tendance à baisser les yeux, ils sont super intimidés par mon aura Iron Man. Sauf les lycéennes, bien sûr, qui n'ont rien d'autre à faire que d'agiter les mains comme des débiles tout en piaillant des « Hi ! » bien stridents. Enfin, je leur pardonne, vu les uniformes de fou qu'elles se payent et les jolies jambes qu'elles en profitent pour me dévoiler. Chacun son truc : elles, elles passent pour des grosses cruches et moi je me rince l'œil ; je crois que c'est le père Brian qui y gagne le plus au change.
D'ailleurs, en Corée, on peut mater toute l'année, pas seulement en été. Aujourd'hui, le thermomètre indiquait moins 7 degrés Celsius (ils connaissent pas les Fahrenheit par ici) et tu crois qu'il y aurait une de ces nénettes qui s'habilleraient chaudement ? Que dalle, on continue à sa balader en jupe, voire en mini-jupe, avec, seule concession au froid, une paire de collants la moins visible possible. Je félicite les coréens, le seul peuple au monde qui cherche à vivre le monde moderne avec les sensations de souffrance d'avant la civilisation. Ca revient un peu à savoir faire un magnifique feu de cheminée mais se chauffer à la bougie parce que c'est plus joli.
Il n'empêche qu'ils sont humains quand même et que donc, ils et elles ont froid comme tout le monde. Et comptez sur ces zouaves pour vous le faire savoir, et pas qu'un peu. Croiser un coréen lorsqu'on se les gèle signifie entendre à peu près 45 fois « Chueo ! », c'est-à-dire « Ca caille », le premier étant prononcé en guise de salutations (quand on ne vous l'a pas déjà dit par SMS 4 fois auparavant) et le dernier pour se séparer (ou encore une fois en texto, au cas où vous n'auriez pas encore compris). Entre temps, on va le placer autant que possible, jusqu'à ce qu'un interlocuteur normalement constitué ait des envies d'alléger un peu le poids de l'espèce humaine d'un coup bien placé de machette, car ça permet de meubler la conversation, artifice dont la langue coréenne semble clairement manquer. C'est pratique, ça remplit les blancs.
On pourrait prendre ça pour un comique de répétition assez élaboré, mais non, pas du tout. Le coréen a froid, il va vous le faire comprendre et that's it. Et c'est d'un fatigant ! Comme si quand j'ai le scrotum qui me gratte j'allais me coller au premier passant venu et lui susurrer langoureusement à l'oreille, une fois toutes les trois minutes, « Tu sais, Cheol-su, j'ai le chandelier qui me démange ! »
Y'a du potentiel ici, sûr. Mais pour le bon sens, on repassera dans un demi-siècle.
One shot

Commentaires
le 18-11-2008 à 23:40:09
Mais non c'est juste qu'elle avait rien à dire !
Ici aussi les Chinoises se sont mises au collant noir d'hiver, non sans déplaisir. Mais ça reste excessivement plus long et confidentiel qu'en Corée d'après mes derniers souvenirs.
Le fait est qu'en Asie, on montre très facilement les jambes jusqu'à ras la fouf', mais c'est beaucoup moins fréquent de voir toutes les épaules et le début de poitrine (enfin des 2 petits pois qui se battent en duel et servent de poitrine).